
Besoin d’irréalité, de déconnecter
Soif de nuits immortelles, de rêves dispersés
Envie d’ivresse et d’oubli dans un monde fantaisie
Le corps et l’âme imbibés d’agonie et d’ecstasy
Besoin fatal de mourir et de vivre en Enfer
Pénétrer l’antre du Mal et comprendre ses mystères
Soif vitale d’apprendre à se taire
Envie d’un silence de mort et de somnifères
Tuer l’amour et la haine en ce silence d’or
Pour que le vide m’embrasse quand je m’endors
Soif de ténèbres et de fantômes muets et glacés
M’enlevant à mes pensées sombres pour me perdre dans le néant
La neige se déchaînant comme un mensonge passé
Besoin de faire couler le sang jusqu’à l’étourdissement
Pour effacer de ma mémoire les erreurs et les mots déplacés
Envie de rire et de m’évanouir comme un éclair
Qui frappe furtivement le ciel avant le tonnerre
Etre insaisissable et invisible comme l’esprit de l’air
Invincible à l’image de la terre, du vent et de la mer
Besoin qu’on respecte mes choix et mes sentiments
Ne plus anéantir mes rêves en une croix de serments
Soif de courir jusqu’à échapper tout ce dont j’ai besoin
Jusqu’à ce que mon souffle se coupe en silence
Jusqu’à tomber très loin, seule, sur un chemin
Ne menant nulle part qu’à un couloir immense
Les yeux se fixant au paradis, n’appréciant déjà plus les couleurs
Ils divaguent, se brouillent, se ferment, meurent…
D’où vient cette bête noire
Qui fauche nos vies au hasard ?
Dans le couloir de la mort
Elle nous rattrape tôt où tard
Parfois elle n’a pas tort
Pour d’autres elle est en retard
Mais le plus souvent c’est un injuste sort !
Pour l’homme mort est-ce l’enfer et la souffrance,
Ou l’âme dort en attendant sa délivrance ?
Pourquoi la faucheuse frappe-t-elle si fort ?
Prenant des vies qui dorment encore
Des vies d’enfants qui avaient bien le temps
De rêver du jour où ils seraient grands…
Déversants dans les yeux des mamans
Des larmes de feu, de folie et de sang !
Comment comprendre, comment prétendre
De ce démon pouvoir se défendre ?
Quand l’irréalité préfère nous confondre
Que nos pensées nous traînent dans un autre monde
Comment vivre après ça, comment réagir ?
Quand nos yeux gardent le souvenir de les voir mourir
Quand l’horreur devient plus forte que la raison de vivre
Quand nos corps s’effondre presque ivres
Du regard des autres, ces autres qui ignorent le pire !
Quand les hurlements prennent la place des sourires
Quand notre esprit s’embrouille et ne veut plus de nous !
Quand les mots n’ont plus de sens et deviennent fous
Dans nos bouches muettes et glacées
Que cet effroyable secret scellera à jamais…
Un air silencieux me traverse
Puis au-delà des sommets la pluie transperce
Les nuages voilent presque indécemment la montagne
Et le ciel pleure délicatement sur la campagne
Le silence ne dure que quelque temps
Le temps qu’un ange passe dans ma tête un instant
C’est là que le ciel commence à sécher ses larmes
Dévoilant d’une caresse la cime des arbres
Dans l’air maintenant volent des notes
Empreintes d’une mélancolie heureuse
De cordes en cordes elles sautent
Dans ses doigts cette mélodie me rend amoureuse
Mais tout ça, toi, tu ne le vois pas
Tu ne l’entends pas, tu ne le ressens même pas
Parce que tu es en cage
Enfermé par la volonté de leur rage
Toi Ingrid Betancourt, toi qui ne compte même plus les jours
Toi la petite fille prisonnière dans la cave de tes voisins
Voulant voler ton innocence pour une mort sans fin
Toi l’homme inutile sereinement assis dans ta sombre prison
Un verre d’eau de verre pilé à la main comme ultime poison
Toi la femme musulmane, voilée des pieds à l’âme
Par un Coran traduit par des hommes sans âmes
Toi la douce indienne perdue dans la loi des castes
Interdite aux rêves d’un monde pourtant si vaste
Toi le jeune camé, l’esprit lié à l’irréalité infinie
Overdosé un soir dans une rue déserte de Miami
Toi Anna, envolée pour ton courage en une seconde
Parce que tu chamboulais leurs vérités sur le monde
Toi la femme soumise par un mari trop possessif
La mère solitaire et incomprise à l’esprit passif
Toi qui as pourtant le pouvoir de fuir
Le choix d’être libre, bannir le pire
Toi le soldat avide de puissance et d’inconscience
Aveuglé par l’Etat, comme un mouton tu penses
Tuer pour l’honneur, mourir pour la gloire
C’est là ton seul rêve, ton seul espoir ?
Où sont nos rêves de liberté ?
Quelle idée a-t-on du respect ?
Dans ce monde qui traîne ses chaînes
Dans ce monde voilé de haine !
Anna a quelque chose d’un ange
Que le Soleil lui a brûlé
Anna ne pourra plus voler.
Anna a quelque chose qui dérange
Que le Soleil ne changera jamais
Anna a le teint halé.
Pourtant Anna est si belle dans le Soleil !
Que vous n’avez pas le droit de dire qu’elle n’est pas pareil !
Anna pleure autant que nous
Anna rit aussi fort que nous
Elle rêve, danse et tombe
Mais Anna quand elle court,
C’est pour échapper aux bombes
Les mêmes qui nous ont rendus sourds.
Alors Anna prie plus que nous !
Anna crie plus fort que nous !
Parce que dans ses yeux solitaires
Il n’y a pas d’âme de guerrière
Et encore moins de meurtrière
La seule différence entre nos deux terres
C’est qu’elle est née dans un pays de guerre
Alors les apparences, moi je les jette dans la poussière
Et pour toutes les Anna du monde, fais tomber les barrières !





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